Recherche:

Accueil > Langue et littérature bretonne

Langue et littérature bretonne

Comment la langue bretonne s’est-elle  développée au cours des siècles et comment  s’est-elle exprimée à travers la littérature ?


I. La langue bretonne

Introduction

Il ne semble pas que l’appellation « Haute et Basse Bretagne » ait toujours correspondue à la division entre zone bretonnante et non- bretonnante : le Breton a été anciennement parlé dans bien des pays de Haute- Bretagne.
Mais en fait, maintenant, c’est la Basse- Bretagne qui est bretonnante.

Le Breton se divise en quatre principaux dialectes :
Celui du Trégor (Ouest des côtes d’Armor)
Celui du Léon (Nord Finistère)
Celui de Cornouaille (région de Quimper et centre Bretagne)
Et le dialecte de Vannes (Ouest de l’actuel Morbihan)


Les origines de la langue

Du 4ème siècle au 6ème  siècle, l’Armorique voit arriver de l’île de Bretagne des immigrés. Ces bretons imposent leur langue là où ils sont le plus nombreux.

Ce que l’on connaît du néo-celtique continental est constitué par des mots isolés, des gloses
(des explications en marge à propos des textes qu’on lisait dans les abbayes bretonnes), mais surtout par des noms de personne et de lieu.

Mais on situe traditionnellement le point de départ du breton moderne en 1659, quand le père jésuite Julien Maunoir publie Le sacré Collège de Jésus.
C’est, à la fois, une grammaire, une syntaxe et un lexique de cette langue.


L’émergence progressive de la langue bretonne

Au 17ème siècle, naît un mouvement : « la celtomanie ».
Certains adeptes comme Plougasnou ou La Tour d’Auvergne voyaient dans la langue bretonne la mère de toutes les autres.

Mais le début du 19ème siècle fut marqué par un évènement majeur : la publication d’une grammaire celto-bretonne, « contenant les principes de l’orthographe, de la prononciation, de la construction des mots et des phrases selon le génie de la langue celto-bretonne ».
Elle a pour auteur un fonctionnaire du nom de Le Gonidec. Sa grammaire parue en 1807 et son dictionnaire celto-breton, publié en 1821, sont des œuvres révolutionnaires.
En effet, elles imposent une orthographe nouvelle, semblable en cela à l’œuvre du père Maunoir, et prétendent revisiter l’ensemble du vocabulaire fixé depuis des siècles mais dans lequel chaque génération introduisait de nombreux néologismes empruntés exclusivement au français.Lorsque le Gonidec meurt, en 1838, il n’a que quelques adeptes comme le poète Brizeux et H. de La Villemarqué.

Sous le 2nd  empire, de 1852 à 1870, quelques écrivains comme Luzel, Le Jean et Quellien se regroupent autour de La Villemarqué pour former le Breuriez Breiz (Confrérie de Bretagne). Ils se proposent de remettre à l’honneur l’usage de la langue.

A partir de 1870 environ, la prose bretonne n’est plus seulement celle des livres de piété.
 Il  parait des revues d’idées, comme Feiz ha Breiz (Foi et Bretagne). Il s’agit de défendre à la fois la religion catholique et la langue bretonne. Le breton, étant pourchassé dans les écoles laïques, sa cause est devenue celle du clergé.

La fin du 19ème siècle est caractérisée par l’apparition des premiers savants philologues ou linguistes bretons : avec l’organe de la Revue celtique et des Annales de Bretagne , ils publient les anciens textes, étudient les dialectes et font entrer peu à peu le breton dans la grammaire comparée. Ce sont, entre autres, d’Arbois de Jubainville,  Joseph Loth, Emile Ernault.

La période du 20ème siècle est inaugurée avec les excès des décrets Combes qui, notamment, interdisent l’emploi du breton dans les églises. Cette période va être constamment agitée et déchirée par des conflits idéologiques.

Le nouveau mouvement culturel, celui de la revue Gwalarn, adopte un programme extrémiste. Pour les rédacteurs, il faut tourner le dos aux dialectes et aux expressions corrompues ou françaises de la langue parlée.


Conclusion

Donc, on remarque qu’il se crée un besoin de retour au passé quand la société ancienne s’effrite et, avec elle, l’occasion de parler ou d’apprendre le breton.

En effet, la langue bretonne a toujours été méprisée.
Depuis 10 siècles, elle reste, ainsi que le remarque Jean-Pierre Piriou dans Défense de cracher par terre et de parler breton, « la propriété exclusive des classes souffrantes de ce pays ».
Jamais, alors que dès le 10ème siècle s’instaure dans les mœurs un bilinguisme, le breton n’aura accédé au statut de langue officielle.
Pourtant,  même si longtemps négligée et combattue par les politiciens et les éducateurs qui voyaient en elle un obstacle à la marche du progrès et à l’unification de la nation, la langue bretonne est aujourd’hui soutenue par des hommes appartenant aux secteurs les plus opposés de l’opinion et trouve des appuis efficaces dans les divers milieux pédagogiques.



II. La littérature bretonne


Introduction

Devant l’absence de textes, faut-il affirmer que la langue bretonne n’a enfanté, pendant les grands siècles du Moyen-age, aucune œuvre dont elle ne put tirer orgueil, ou bien faut-il rappeler une adjuration de Camille Jullian au sujet du gaulois et qui pourrait s’appliquer à la langue bretonne :
« Ne dites pas que si elle n’a rien laisser c’est parce qu’elle n’a rien produit. »


La littérature du Moyen-Breton

Beaucoup d’œuvres littéraires ont échappé de justesse à la destruction totale. Aussi de nombreux textes importants de cette époque subsistent .Mais il a fallu franchir plusieurs siècles avant de rencontrer un document littéraire appartenant à la langue bretonne.

Il s’agit d’un chant royal en forme de dialogue entre Arthur, roi de bretons et Guiclan (Guinclaff), prophète ou devin. Ce document rédigé  vers 1450, existait à l’abbaye de Landevennec (Finistère) au début du 18ème siècle. Mais, il reste surtout des poèmes religieux et du théâtre.

Une œuvre importante de cette période s’intitule Buhez Mab-den ( La vie de l’homme).
Dans sa forme concise, dramatique, l’expression atteint une intensité rare. Cela dépasse de beaucoup le poème Mirouer ar Maro (Le miroir de la mort) qui est une longue méditation versifiée sur les fins dernières et dont certaines pages ne manquent cependant pas de beauté.

La poésie du Moyen –Breton conserve un système de prosodie ancienne qui se retrouve dans le gallois. La rime est à la fois interne et finale. Rime interne, la dernière syllabe de la césure rime avec l’avant-dernière syllabe du vers ; et en plus, rime finale, les dernières syllabes riment entre elles, en rimes simples ou croisées.

Quant  au théâtre breton ancien, il se jouait de façon très simple : peu de mise en scène, pièce plutôt récitée que mimée. C’était plus une incantation pour l’oreille et l’esprit qu’une représentation pour les yeux. Ces pièces de théâtre, drames, comédies, vies de saints (tragédies traduits du répertoire français) ont fait l’objet principal de la thèse d’Anatole Le Braz qui a prétendu de ces mystères anciens qu’ils n’étaient que des transcriptions de modèles en langue française.


Le 18ème siècle

Beaucoup de pièces de théâtre sont anonymes et doivent dater du 18ème siècle. Parmi celles-ci, celles qui sont écrites sur le thème italien d’Arlequin. Mais tout, à cette époque, n’est pas uniquement populaire et sans nom d’auteur. Il y a toute une littérature religieuse qui a une influence importante sur l’esprit breton.
Les œuvres légères étaient cependant davantage dans l’esprit du temps, dans la manière des lettrés. En dehors des adaptateurs de drames en langue bretonne, le seul écrivain « profane » dont le nom et l’œuvre émergent d’une production sans éclat est Claude Marie Le Laë. Son éloquence s’est donnée libre cours dans un long poème satirique Ar C’hi  (Le chien).


La Renaissance bretonne

Le Barzaz Breiz

En 1839, parut un ouvrage monumental : Barzaz Breiz, dû à un lettré finistérien, le vicomte Hersart de la Villemarqué. C’est une œuvre maîtresse du 19ème siècle. L’étude du texte montre que la Villemarqué à chercher à parfaire les documents recueillis, à les corriger, à les vieillir, pour composer une sorte de légende des siècles bretons et un tableau de l’âme du peuple breton. La traduction française qu’il a établie a permis la grande renommée de l’ouvrage.
La Villemarqué est un auteur présenté comme un collecteur. Son seul mérite, à l’entendre, était d’avoir infatigablement battu les campagnes de son pays pour recueillir ces chants transmis par voie orale depuis des siècles et menacés d’oubli :
« J’ai parcouru en tous sens, pendant bien des années, les parties de la Basse-Bretagne les plus riches en vieux souvenirs, passant de Cornouaille en Léon, de Tréguier en Goélo et en Vannes ».
Le Barzaz Breiz est reçu, à l’époque, comme une source documentaire témoignant de toute l’histoire de la Bretagne depuis les origines, mais aussi et surtout comme l’expression du génie poétique breton. Il déclenche un considérable retentissement, en France et à l’étranger, au sein d’une opinion que sensibilisent les options du romantisme.
George Sand d’ailleurs n’hésite pas à comparer cet ouvrage à l’Odyssée :
« Un seul pays, affirme-t-elle, est à la hauteur dans sa poésie de ce que le génie des plus grands poètes et celui des Nations les plus poétiques ont jamais produit. Nous voulons parler de la Bretagne. »
Depuis le Barzaz Breiz, on n’a pas cessé en Bretagne de collecter.
En 1867, alors que comblé d’honneurs, H. de la Villemarqué participe (avec l’historien La Borderie) à l’organisation du premier congrès  celtique. Des critiques s’élèvent, mettant en doute l’authenticité des chants du Barzaz Breiz. L’accusation devient publique, pourtant
H. de la Villemarqué ne se défend guère ; le doute fait son chemin. La réputation de faussaire de la Villemarqué paraît solidement établie aujourd’hui.
Encore en 1960, F.Gourvil en faisait l’objet d’une thèse d’université qu’il soutint devant la faculté des Lettres de Rennes.

Le Barzaz Breiz suscite, à partir de 1840, toute une production écrite en langue bretonne ; surprenante explosion qui donnera ses plus belles réussites au 20ème siècle : outre les moissons des collecteurs, un poète, Jean-Pierre Calloc’h, des intellectuels tels que Ropartz Hémon, des romanciers tels que Xavier de Langlais, des dramaturges comme Tanguy Malmanche ou Jakez Riou et aussi des chanteurs comme Alan Stivell.

Le Barzaz Breiz est donc, presque à lui tout seul, la cause de l’éclosion surprenante d’œuvres littéraires en breton.


La poésie

En poésie, le 19ème siècle breton, subit, lui aussi à ses débuts, l’influence du romantisme. Brizeux a laissé quelques vrais poèmes en langue bretonne. Il y a aussi quelques textes, des cantiques très bien faits, à côté d’une production médiocre.

Le 20ème siècle, ensuite, a permis d’assister à l’émergence d’œuvres bien plus considérables et variées qu’auparavant.

En 1921, parait un petit volume de poèmes sous le titre War an Daoulin ( A genoux ). C’était l’œuvre d’un jeune breton, tué à 27 ans, en combattant sur le front. Sous son  nom de plume, Bleimor (Loup de mer) se cachait Jean-Pierre Calloc’h. Ses poèmes sont de qualité : son esprit mystique, visionnaire, doué d’un réel pouvoir d’expression, leur donnait un ton très authentiquement breton. Enfin, c’est une poésie très personnelle et intérieure, utilisant de façon heureuse le vers libre dans un mouvement ample comme les vagues de la mer.
Après l’œuvre de J-P Calloc’h, d’autres jeunes bretons se manifestaient avec la volonté de construire leur monde, un peu à la manière de ces Irlandais qui avaient réussi leur autonomie intellectuelle.

En poésie, toutes les recherches sont possibles : poèmes courts, intimes comme ceux de Jakez Riou ; poèmes subtils et habiles de Kenan Kongar. Toujours de façon curieuse, en arrière fond, la destinée de l’homme sera le thème de prédilection de la nouvelle poésie, comme Chants dans la nuit de Xavier de Langlais, ou encore les longs poèmes de R.Hémon lui-même où s’exprime l’angoisse de l’artiste toujours seul et dont la lutte incomprise est l’accomplissement d’un destin qui le dépasse.


Le Théâtre

Jusqu’à la dernière guerre, les troupes populaires théâtrales ont continué de perdurer. Pour répondre à l’attente du public, il leur fallait bien renouveler leur répertoire. Rien d’étonnant que pendant les 150 dernières années, aient été éditées de nombreuses pièces de théâtre. Parfois, elles ne dépassent pas le niveau de la pièce de patronage, surtout dans les œuvres comiques. Mais plusieurs auteurs sauront retrouver la profondeur des mystères anciens et construire des tragédies émouvantes. Tanguy Malmanche, notamment, un des plus grands dramaturges bretons. Même lorsque le sujet n’en est pas religieux, il sait donner aux personnages, une qualité mythique et symbolique, qui touche à ce que, depuis, on a appelé le surréalisme. Bien que certaines pièces aient été éditées par Malmanche lui-même dans une version française, elles ne sont ni très connues, ni jouées.

Le théâtre breton plus récent s’est orienté vers des pièces courtes, souvent en un seul acte : ainsi le théâtre de R.Hémon très littéraire.

D’autres ont produit des pièces plus engagées : Noménoé-Oé de Jakez Riou est une pièce politique mais elle est à la fois une farce, une satire contre la bêtise des gens, l’exaltation du courage toujours incompris.

Mais il y a aussi, plus près de nous,  Per Jakez Hélias , l’auteur désormais connu du Cheval d’orgueil, qui fait passer le meilleur de lui-même dans des pièces à thème social, comme Le grand Valet.


Conclusion

Trop souvent, on assimile la littérature bretonne aux légendes arthuriennes. En fait, c’est tout à fait différent même si dans cette « Matière de Bretagne », c'est-à-dire dans les mythes du cycle arthurien qui ont été valorisés par des auteurs comme C. de Troyes, G. de Monmouth, en langue française comme en langue anglaise, nous retrouvons le génie de l’évocation poétique, le sentiment de la nature et, en général, la richesse d’imagination.

Donc la littérature bretonne est trop souvent méconnue alors qu’elle a une véritable essence littéraire.

D’ailleurs, la revue Gwalarn, qui a commencé en 1965 sous la direction de R. Hémon, réunira peu d’écrivains mais presque tous de grande valeur. Il n’y a pas de principe d’école, sinon celui d’écrire de la bonne littérature c'est-à-dire d’avoir du sentiment et de l’invention.
Cette revue  a largement contribué à l’essor de la littérature bretonne et au fait que la littérature bretonne est toujours vivante.

Au 20ème siècle et aujourd’hui encore,  les auteurs continuent de produire et cette littérature regroupe des genres très divers tels que la nouvelle, les écrits autour de l’enfance, le roman policier ou encore le roman surréaliste.

 

Bibliographie / Sources

Bretagne – Encyclopédies Régionales, Ed Ch. Bonneton – 1979

Le livre d’or de la Bretagne ,Ph. Durand, Ed. Seghers – 1975

Histoire littéraire et culturelle de la Bretagne
3 – L’invasion profane de la 5ème république – Sous la direction de J.Balcou et Y. le Gallo
Ed. Champion – Slatkine – 1987 – Paris – Genève

Liens Sponsorisé:


Recevez toutes les infos sur la Bretagne dans votre boite email ...
Liens Sponsorisé:
  Partenaires | Nous contacter | ©2008 Bretagne-search.com - Guide Bretagne
Conception: Création de site internet